Dans les parcs, sur les places et jusque sur les trottoirs, les oiseaux des villes semblent trier les humains.
Une étude menée sur 37 espèces dans cinq pays européens conclut que les oiseaux s’envolent plus tôt quand une femme s’approche que lorsqu’un homme fait la même chose. Le phénomène est mesuré via la distance de fuite, c’est-à-dire l’écart entre l’animal et la personne au moment où l’oiseau décolle. Les données reposent sur 2 701 observations réalisées entre avril et juillet 2023. En moyenne, un homme pouvait s’approcher d’environ 1 mètre de plus qu’une femme avant que l’oiseau ne prenne l’air. Les chercheurs disent tenir un résultat robuste, mais ils reconnaissent ne pas savoir ce qui, dans la perception des oiseaux, déclenche cette différence.
Une étude People and Nature basée sur 2 701 observations
Le travail s’appuie sur des relevés effectués en Tchéquie, en France, en Allemagne, en Pologne et en Espagne. Les observateurs ont noté, pour chaque rencontre, la distance à laquelle l’oiseau décidait de fuir. Cette distance de fuite est un indicateur classique en écologie comportementale, utilisé pour estimer le niveau de tolérance au risque dans un environnement donné.
Le résultat principal tient en une phrase, simple et dérangeante, parce qu’elle casse l’idée d’un observateur neutre sur le terrain. Sur l’ensemble des 37 espèces, la tendance va dans le même sens, les oiseaux laissent les hommes s’approcher davantage. L’écart moyen d’environ 1 mètre ne paraît pas énorme, mais à l’échelle d’un animal qui arbitre en fractions de seconde entre rester et s’envoler, c’est une marge qui compte.
Les auteurs insistent sur un point, ce n’est pas une histoire de tenue ou de gabarit. Le motif se maintenait quels que soient les vêtements, la taille, ou la manière d’approcher, ce qui renforce l’idée que les oiseaux détectent une différence de sexe. Le biologiste Daniel Blumstein, cité dans la communication autour de l’étude, dit croire pleinement au constat, tout en admettant ne pas pouvoir l’expliquer à ce stade.
Les mésanges et pigeons évaluent la distance de fuite à 1 mètre
Les espèces observées sont typiques des milieux urbanisés, des mésanges aux pigeons, en passant par des oiseaux fréquents des jardins et des rues. Dans ces espaces, les animaux apprennent vite, un passant pressé n’est pas un enfant qui court, un joggeur n’est pas un promeneur. Le fait qu’ils semblent aussi distinguer le sexe suggère une lecture fine de signaux humains, au-delà du simple volume de foule.
Ce qui frappe, c’est la cohérence du signal malgré la diversité des contextes, places minérales, pelouses, allées de parc, zones de nourrissage. À l’échelle d’une ville, gagner ou perdre 1 mètre de tolérance change l’accès aux ressources, miettes, graines, points d’eau, et modifie aussi la dépense d’énergie. Un envol déclenché trop tôt peut coûter cher sur une journée, surtout pour des oiseaux déjà soumis au bruit, aux véhicules et aux chats.
Il faut garder une nuance, l’étude ne dit pas que les oiseaux préfèrent les hommes au sens affectif. Elle mesure une réaction de prudence, pas une attirance. Et elle ne dit pas non plus que chaque individu réagit pareil, seulement qu’en moyenne, la réponse est plus rapide face aux femmes. Le chercheur Federico Morelli parle d’un phénomène qui met en lumière la capacité des oiseaux à évaluer leur environnement, sans que la mécanique précise soit identifiée.
Les hypothèses sur phéromones et démarche restent sans preuve
Les auteurs avancent des pistes, sans trancher. Première idée, des signaux chimiques, par exemple des phéromones ou d’autres composés odorants, que les oiseaux pourraient percevoir de près. Deuxième idée, des indices visuels ou biomécaniques, la silhouette, la façon de marcher, la cadence, l’angle d’approche. Ce sont des hypothèses prudentes, proposées parce que l’écart persiste quand on contrôle des éléments évidents comme les vêtements ou la taille.
La difficulté, c’est que ces signaux sont difficiles à isoler en conditions réelles. Tester l’odeur supposerait des protocoles contrôlés, avec neutralisation des parfums, des cosmétiques, ou des variations saisonnières, tout en gardant des situations comparables. Tester la démarche demanderait de standardiser les vitesses, les trajectoires, et même le bruit des pas, ce qui est délicat en ville. Pour l’instant, les chercheurs disent surtout qu’ils ont identifié un fait, pas son moteur.
Le sujet renvoie aussi à d’autres observations en laboratoire, où des animaux peuvent réagir différemment selon le sexe de l’humain, comme des rongeurs montrant davantage de stress avec des manipulateurs masculins. La comparaison ne suffit pas à expliquer ce qui se passe en plein air avec des oiseaux sauvages. La suite logique serait de reproduire l’étude dans d’autres régions, et de tester des scénarios plus contrôlés, parce que pour l’instant, l’explication la plus honnête tient en deux mots, mystère et prudence scientifique.
À retenir
- Sur 2 701 observations, les oiseaux urbains laissent les hommes s’approcher d’environ 1 mètre de plus.
- Le résultat est cohérent sur 37 espèces et dans cinq pays européens, avec une méthode basée sur la distance de fuite.
- Les explications avancées, phéromones, silhouette, démarche, restent des hypothèses non démontrées.
Questions fréquentes
- Que mesure exactement la « distance de fuite » chez les oiseaux ?
- La distance de fuite correspond à l’écart entre un oiseau et une personne au moment où l’animal décide de s’envoler. C’est un indicateur utilisé pour estimer le niveau de prudence ou de tolérance au risque, notamment en milieu urbain où les interactions avec l’humain sont fréquentes.
- De combien la différence est-elle entre hommes et femmes dans l’étude ?
- En moyenne, les hommes pouvaient s’approcher d’environ 1 mètre de plus que les femmes avant que les oiseaux ne s’envolent. Cette valeur est une moyenne sur 2 701 observations et 37 espèces, ce qui suggère un effet global plutôt qu’un comportement identique chez tous les individus.
- Est-ce lié aux vêtements, à la taille ou à la façon de s’approcher ?
- Les chercheurs indiquent que la tendance persiste indépendamment de ces facteurs, ce qui les amène à penser que les oiseaux distinguent le sexe d’une personne via d’autres indices. Ils ne peuvent pas dire lesquels à ce stade, et l’étude ne fournit pas de preuve causale.
- Quelles explications les scientifiques envisagent-ils ?
- Plusieurs pistes sont évoquées, sans validation, notamment des signaux chimiques comme des phéromones, ou des indices liés au corps comme la silhouette ou la démarche. Les auteurs soulignent qu’il faut des travaux complémentaires et plus contrôlés pour tester ces hypothèses.
Sources
- Birds in cities appear to dislike men less than women, and experts have no idea why | Live Science
- City birds appear more afraid of women than men, and scientists have no idea why | Scientific American
- Birds in cities seem to prefer men to women, but we don’t know why.
- Urban birds are more scared of women than men – but scientists don’t know why | The Independent
- Why exactly do birds find humans attractive? : r/zoology – Reddit
