Plus de 50 skuas ont été retrouvés morts en Antarctique pendant les étés 2023 et 2024, et les analyses ont établi la responsabilité du virus H5N1.
C’est la première fois qu’une mortalité de faune sauvage sur le continent est confirmée comme étant liée à cette grippe aviaire hautement pathogène, dans un contexte où l’Antarctique était longtemps resté à l’écart des grandes vagues observées ailleurs. Le signal d’alerte vient de plusieurs sites proches de zones fréquentées par des équipes scientifiques. Sur le terrain, les biologistes décrivent des oiseaux désorientés, puis des carcasses retrouvées en série, un scénario qui tranche avec la mortalité “habituelle” d’un milieu déjà rude. Le point le plus inquiétant tient au profil des victimes, des charognards capables de parcourir de grandes distances, ce qui pose une question simple, et franchement dérangeante, sur la suite.
Beak Island concentre la mortalité, plus de 50 skuas touchés
Les décès documentés se répartissent sur l’Antarctique au fil des campagnes d’observation, avec une mention récurrente de Beak Island, où une mortalité de masse a été constatée. Le bilan dépasse 50 skuas sur les étés 2023 et 2024, et des détections du virus ont aussi été rapportées à Hope Bay et Devil Island. Sur place, les équipes ont surtout trouvé des skuas, alors que d’autres animaux ont été examinés pendant les missions.
Le tableau clinique décrit sur le terrain est marquant, parce qu’il ne ressemble pas à un simple épuisement. Des oiseaux présentaient des signes neurologiques, avec des postures anormales, un cou tordu, des déplacements en cercle, jusqu’à des chutes. Dit autrement, on n’est pas sur une mort “discrète” dans un coin, mais sur une désorganisation visible du comportement, ce qui a guidé les prélèvements, puis les confirmations en laboratoire.
Ce que les chercheurs soulignent, c’est le caractère inédit de cette confirmation de mortalité liée à H5N1 sur le continent antarctique. Des détections avaient déjà eu lieu sur des oiseaux retrouvés morts, mais sans pouvoir attribuer formellement la cause du décès. Là, les analyses combinées, virologiques et pathologiques, ont permis d’établir un lien direct entre infection et mort rapide chez ces oiseaux, avec des lésions sévères observées à l’autopsie.
Matteo Iervolino décrit des symptômes neurologiques liés au H5N1
Le travail publié dans Scientific Reports est mené par une équipe associant Erasmus MC et l’Université de Californie, Davis, avec Matteo Iervolino en premier auteur. Les chercheurs décrivent un virus classé hautement pathogène, le H5N1 de clade 2.3.4.4b, déjà impliqué dans une panzootie mondiale. Sur le terrain antarctique, ce sont les signes neurologiques et la rapidité d’évolution qui ont frappé les observateurs.
Les skuas ne sont pas des oiseaux “anecdotiques” dans cet écosystème. Ce sont des prédateurs et des charognards, proches des goélands, capables de s’attaquer à des proies, mais aussi de nettoyer des carcasses. Ce rôle de “nettoyeur” est utile, mais il devient un facteur de risque quand un agent infectieux circule, parce que l’exposition aux cadavres et aux sécrétions augmente mécaniquement.
Une nuance s’impose, parce qu’elle évite les raccourcis. Les missions ont aussi examiné d’autres espèces, et le signal le plus net concerne les skuas, pas un effondrement simultané de toute la faune observée. Mais ce constat ne rassure pas vraiment, car une espèce mobile, opportuniste, et présente sur de larges zones peut devenir un relais. Les chercheurs évoquent ce risque de diffusion sur le continent, et demandent une surveillance renforcée, faute de quoi l’ampleur réelle pourrait passer sous le radar.
UC Davis alerte sur la surveillance, la population de skuas reste mal connue
Un point revient comme un caillou dans la chaussure des biologistes, le manque de données récentes sur les effectifs. Le dernier recensement largement cité remonte aux années 1980, avec environ 800 couples nicheurs de skuas en Antarctique. Sans comptage actualisé, l’impact de plus de 50 morts est difficile à traduire en pourcentage, et donc en risque de déclin. C’est un problème très concret de gestion, on ne protège pas bien ce qu’on ne mesure pas.
La menace ne se limite pas à l’épisode observé. Dans la région antarctique et subantarctique, des détections et mortalités ont été rapportées sur plusieurs sites, notamment en Géorgie du Sud, où des dizaines de skuas ont été observés morts à un moment donné. Cette dynamique régionale rappelle que l’Antarctique n’est pas une forteresse isolée, surtout quand des oiseaux marins relient des zones éloignées au fil de leurs déplacements.
Les chercheurs insistent sur un besoin de suivi transdisciplinaire, avec prélèvements, autopsies, et observation répétée des colonies. L’Antarctique subit déjà une pression cumulée, climat, activités humaines, pollution, et la grippe aviaire ajoute une couche de stress. Et il faut le dire sans détour, si personne ne regarde, personne ne voit. Le risque n’est pas seulement la mortalité immédiate, mais une installation durable du virus dans un environnement où l’intervention est lente, coûteuse, et limitée par les contraintes logistiques.
À retenir
- Plus de 50 skuas sont morts en Antarctique en 2023-2024, avec une cause confirmée, le H5N1.
- Beak Island est le site le plus touché, avec des détections aussi à Hope Bay et Devil Island.
- Les scientifiques décrivent des symptômes neurologiques et une mort rapide chez les oiseaux infectés.
- Le manque de recensement récent complique l’évaluation de l’impact sur la population antarctique.
Questions fréquentes
- Pourquoi ces morts de skuas sont-elles considérées comme inédites en Antarctique ?
- Parce qu’il s’agit de la première mortalité de faune sauvage sur le continent antarctique dont la cause a été confirmée comme étant le virus H5N1. Des détections du virus avaient déjà eu lieu, mais sans attribution formelle de la cause de décès à cette échelle.
- Quels symptômes ont été observés chez les skuas touchés par le H5N1 ?
- Les équipes de terrain ont décrit des signes neurologiques, comme une désorientation, des déplacements en cercle et des postures anormales, dont un cou tordu. Ces symptômes ont précédé des chutes et des morts rapides, confirmées ensuite par des analyses virologiques et pathologiques.
- Où le virus a-t-il été détecté en Antarctique dans ces observations ?
- Les détections associées à l’épisode 2023-2024 concernent notamment Beak Island, Hope Bay et Devil Island. Beak Island est décrite comme le site où une mortalité de masse a été constatée.
- Pourquoi les skuas peuvent-ils favoriser la diffusion du virus ?
- Les skuas sont des prédateurs et des charognards. Leur comportement les expose aux carcasses et à des sources de contamination, et leur capacité à se déplacer sur de grandes distances peut contribuer à transporter le virus d’un site à l’autre.
Sources
- H5N1 bird flu kills more than 50 skuas in first Antarctica wildlife die off | ScienceDaily
- A Deadly Epidemic Has Reached Antarctica. Native birds Are Its First Victims
- H5N1 Causes Die-off of Antarctic Skuas, a Seabird | UC Davis
- The expanding H5N1 avian influenza panzootic causes high mortality of skuas in Antarctica | The Transmission | University of Nebraska Medical Center
- Detection and spread of high pathogenicity avian influenza virus H5N1 in the Antarctic Region | Nature Communications
