Pendant 20 ans la science s’est trompée : la vraie domestication du chat n’a que 2 000 ans selon cette étude publiée dans Science

Pendant 20 ans la science s'est trompée : la vraie domestication du chat n'a que 2 000 ans selon cette étude publiée dans Science

Pendant deux décennies, les manuels enseignaient une histoire bien établie : le chat aurait été domestiqué il y a 8 000 à 9 000 ans, dans le Croissant fertile, au moment où les humains se sont mis à stocker du grain. Cette chronologie va devoir être réécrite.

Une étude publiée dans la revue Science en avril 2026 par Marco de Martino et son équipe (Université de Rome Tor Vergata) ramène la vraie domestication du chat à seulement 2 000 ans, soit quatre fois plus récente que le consensus précédent. Les chercheurs italiens ont séquencé 70 génomes de chats anciens, prélevés sur des sites archéologiques répartis sur trois continents et couvrant plusieurs millénaires. Le résultat redessine entièrement l’arbre généalogique du chat domestique moderne et déplace l’épicentre de sa domestication d’Asie occidentale vers le nord de l’Afrique.

Tous les chats du monde descendent d’un même ancêtre

Que vous viviez avec un siamois, un maine coon, un européen tricolore ou un chaton de gouttière trouvé sous un buisson, vous partagez votre quotidien avec le descendant direct d’une même espèce sauvage : Felis lybica, le chat ganté d’Afrique du Nord. Cette filiation unique est l’un des résultats les plus solides de l’étude. Aucune autre sous-espèce de petit félin n’a contribué de manière significative au génome du chat domestique tel qu’on le connaît aujourd’hui.

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Cette unicité contraste avec ce qu’on observe chez le chien, où plusieurs lignées de loups ont participé à la formation des chiens modernes. Pour le chat, l’histoire est plus linéaire : Felis lybica a traversé la Méditerranée, gagné l’Europe, puis essaimé jusqu’aux confins de l’Asie et des Amériques en quelques siècles à peine.

Pourquoi les anciennes datations étaient fausses

L’erreur des 8 000 à 9 000 ans n’était pas le fruit d’une distraction. Elle reposait sur des éléments réels : des restes de félins enterrés près d’humains à Chypre il y a 9 500 ans, des représentations égyptiennes de chats apprivoisés vieilles de 4 000 ans, et l’idée intuitive que le chat avait suivi le stockage du grain (et donc les rongeurs) dès le Néolithique.

Le problème, c’est que ces traces témoignent d’une cohabitation, pas d’une domestication au sens génétique du terme. On peut très bien vivre avec des chats sauvages sans qu’ils soient pour autant transformés en lignée domestique. La domestication, telle que la définit la science moderne, implique des modifications génétiques transmissibles qui distinguent l’animal de son ancêtre sauvage. Or les analyses ADN ne révèlent ces marqueurs qu’à partir d’il y a environ 2 000 ans, et plus précisément dans des populations nord-africaines proches du bassin méditerranéen.

Les Romains, agents involontaires de la diffusion

La nouvelle chronologie place la diffusion du chat domestique en pleine époque romaine. Et cela colle remarquablement bien avec d’autres données historiques. Les Romains entretenaient des liens commerciaux étroits avec l’Afrique du Nord, importaient blé, vin, esclaves et animaux exotiques. Les chats, sans doute embarqués pour protéger les cargaisons des rongeurs, ont voyagé avec les flux marchands de l’Empire.

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De port en port, de villa en villa, ils se sont installés dans toute l’Europe en quelques générations. La présence de chats en Gaule, en Bretagne et même dans les régions scandinaves dès les premiers siècles de notre ère, longtemps inexpliquée, trouve désormais une explication cohérente. Ce sont les Romains, pas les Égyptiens ni les Mésopotamiens, qui ont véritablement répandu le chat domestique tel que nous le connaissons.

Plusieurs foyers d’apprivoisement, une seule lignée

Détail important souligné par l’équipe de Rome Tor Vergata : la domestication elle-même n’a pas eu lieu dans un seul village, ni à une date précise. Plusieurs cultures et plusieurs régions du nord de l’Afrique semblent avoir contribué simultanément à la transformation progressive de Felis lybica. Mais cette transformation a abouti à une seule lignée stable, qui s’est ensuite imposée à toutes les autres.

L’analyse des génomes anciens montre des contacts avec d’autres sous-espèces de chats sauvages dans certaines régions (Felis silvestris en Europe, par exemple), mais ces croisements n’ont laissé que des traces mineures dans l’héritage génétique des chats modernes. La lignée nord-africaine a phagocyté les autres.

Ce que cela change pour la science et pour nous

Au-delà du chiffre symbolique, cette révision a des conséquences scientifiques importantes. Elle suggère que les pratiques de stockage du grain, longtemps présentées comme le moteur de la domestication féline, n’ont en réalité conduit qu’à une tolérance mutuelle entre humains et chats sauvages, sans véritable adaptation génétique. Il a fallu attendre une convergence de facteurs spécifiques (densités urbaines, flux commerciaux maritimes, échanges méditerranéens intenses) pour que le pas de la domestication soit réellement franchi.

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Pour le propriétaire de chat, le constat est savoureux : votre compagnon partage votre toit depuis seulement une centaine de générations, à peine plus que l’âge de l’écriture latine. Comparativement au chien, dont la cohabitation avec l’humain remonte à 16 000 ans, le chat est presque un nouveau venu. Cela explique peut-être, en partie, ses manières si peu serviles. Il n’a pas eu le temps d’oublier qu’il était sauvage.

Sources

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