Cette étude sur 18 385 chiens prouve que la race n’explique que 9 % du comportement et démolit les stéréotypes que vous croyiez vrais

Cette étude sur 18 385 chiens prouve que la race n'explique que 9 % du comportement et démolit les stéréotypes que vous croyiez vrais

Si on vous demande à quoi ressemble le caractère d’un labrador, d’un berger allemand ou d’un pitbull, vous avez probablement une réponse toute faite.

Sociable, protecteur, méfiant, joueur, agressif : les étiquettes collent à la peau de certaines races depuis si longtemps qu’elles passent pour des évidences. Une équipe de chercheurs vient pourtant de leur tordre le cou avec un protocole d’une ampleur inédite. L’étude, publiée dans la prestigieuse revue Science par Kathleen Morrill et Elinor Karlsson (Broad Institute du MIT et Université du Massachusetts), a croisé deux jeux de données impressionnants : les analyses génétiques de 2 155 chiens, de race pure ou mixte, et 18 385 questionnaires comportementaux remplis par leurs propriétaires via la plateforme citoyenne Darwin’s Ark. Le verdict est sans appel : la race n’explique qu’environ 9 % des différences de comportement observées entre individus.

9 % : un chiffre qui change tout

Pour bien mesurer ce que représente ce 9 %, il faut le mettre en perspective. Quand on demande à des propriétaires si leur chien aboie facilement, s’il est anxieux face aux orages, s’il aime les enfants, s’il rapporte une balle ou s’il accepte les inconnus, la race du chien ne permet d’anticiper la réponse que dans moins d’un cas sur dix. Tout le reste (91 %) dépend de l’individu, de son éducation, de son environnement, de son histoire personnelle.

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Plus surprenant encore : sur les traits les plus chargés de préjugés, comme la propension à l’agression ou la sociabilité envers les humains, l’effet de la race tombe encore plus bas, parfois proche de zéro. Autrement dit, l’idée selon laquelle telle race serait “naturellement” agressive ou tel chien “génétiquement” méfiant relève largement du fantasme collectif.

Ce que la race prédit vraiment

Le travail des chercheurs ne dit pas pour autant que toutes les races se valent en tout. Il identifie au contraire ce que la sélection génétique a réellement façonné chez le chien. Réponse : essentiellement des traits physiques (couleur du pelage, longueur du poil, taille, morphologie de la tête) et quelques tendances comportementales très précises, comme la fréquence des hurlements ou l’appétence pour le rapport d’objets.

La couleur du poil, par exemple, est cinq fois mieux prédite par la race qu’un trait de caractère. C’est dire à quel point le pedigree pèse sur l’apparence, et à quel point il pèse peu sur la personnalité. Sur les 11 régions du génome canin identifiées comme significativement liées au comportement, aucune n’est spécifique d’une race particulière. Ces variants se retrouvent dans la quasi-totalité des lignées, à des fréquences voisines.

Pourquoi les stéréotypes sont si tenaces

Si la génétique ne dicte pas le caractère, pourquoi a-t-on l’impression si forte que les labradors sont sociables et que les border collies sont obsédés par le travail ? Deux mécanismes se conjuguent. D’abord, un biais de sélection à l’adoption : les personnes recherchant un compagnon calme et patient se tournent vers le labrador, et celles ayant besoin d’un chien actif vers le border collie. La race “produit” donc un environnement éducatif particulier, qui façonne ensuite le comportement.

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Ensuite, un biais d’observation : on remarque davantage le berger allemand vigilant que le berger allemand pataud, parce que la première observation confirme nos attentes et la seconde les contredit. Les exceptions sont oubliées, les confirmations cumulées. C’est ainsi que se construisent, sur des décennies, des stéréotypes solides mais en partie illusoires.

Une conséquence directe : la législation

Au-delà de la curiosité scientifique, l’étude jette une lumière crue sur les politiques publiques qui restreignent certaines races. De nombreux pays interdisent ou encadrent strictement la détention de “races dangereuses” (pitbulls, rottweilers, dogues argentins) au motif d’une dangerosité supposément génétique. Si la race n’explique que 9 % du comportement, ces lois ciblent en réalité une variable peu pertinente, au détriment de chiens individuellement inoffensifs.

Les comportementalistes canins et plusieurs associations vétérinaires plaident désormais pour des politiques fondées sur l’évaluation de chaque animal, plutôt que sur sa morphologie ou son ascendance. La voie est encore longue, mais les données s’accumulent dans le même sens.

Ce que cela change pour les adoptants

Pour quelqu’un qui s’apprête à accueillir un chien chez lui, l’enseignement est libérateur. Inutile de se focaliser à l’excès sur le pedigree ou la silhouette : ce qui détermine vraiment la personnalité du futur compagnon, c’est la rencontre avec l’individu. Un croisé inconnu peut être l’animal de votre vie, et un chien de race “fiable” peut s’avérer anxieux ou réactif.

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Les refuges, qui regorgent de chiens dits “sans race” mal aimés sur le papier, sortent grands gagnants de cette étude. Et les générations futures de propriétaires, en abandonnant les attentes calquées sur le standard de race, vivront sans doute des relations plus justes, plus attentives, et plus heureuses.

Sources

 

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