Diffusé sur Netflix depuis le 8 mai 2026, le film “De si remarquables créatures” propulse une pieuvre géante du Pacifique au rang d’héroïne hollywoodienne.
Marcellus, à qui Alfred Molina prête sa voix en version originale, observe depuis son aquarium d’aquarium public l’amitié naissante entre une vieille femme de ménage et un jeune vagabond. Réalisée par Olivia Newman, adaptée du roman à succès de Shelby Van Pelt, cette production confirme l’engouement croissant du grand public pour les céphalopodes, ces invertébrés à l’intelligence si singulière qu’ils ont fini par fasciner Hollywood.
Marcellus, la pieuvre narratrice
Particularité narrative inédite : une partie du récit est portée par la voix intérieure de Marcellus, l’octopode résident du Sowell Bay Aquarium. La pieuvre commente la vie des humains qui défilent devant son bassin, juge leurs comportements, anticipe les drames et tisse, à travers ses observations, le fil rouge de l’intrigue. Un parti pris audacieux qui permet au film de glisser, mine de rien, une véritable réflexion sur la conscience animale.
Alfred Molina, vétéran britannique connu pour ses rôles dans “Spider-Man 2” ou “Frida”, apporte au personnage un timbre grave et ironique. La pieuvre devient ainsi un personnage à part entière, ni anthropomorphe à l’excès, ni réduite au décor. Une approche qui tranche avec les représentations habituelles des animaux marins au cinéma, souvent cantonnés au rôle de simple attraction visuelle.
Du best-seller à l’écran
Le film est l’adaptation du roman “Remarkably Bright Creatures” publié par Shelby Van Pelt en 2022, devenu un phénomène d’édition aux États-Unis avec plus de 3 millions d’exemplaires vendus et traduit dans une quarantaine de langues. L’ouvrage doit beaucoup à son ton singulier : un récit intimiste mêlant deuil, secrets de famille et passages narrés par une pieuvre, sans jamais sombrer dans le fantastique.
L’adaptation portée par Olivia Newman conserve ce ton doux-amer. La réalisatrice, déjà remarquée pour “Là où chantent les écrevisses” en 2022, semble s’être fait une spécialité de récits littéraires teintés de nature et de mystère. Le casting réunit notamment Sally Field dans le rôle principal, dont l’interprétation a déjà valu plusieurs éloges à la presse spécialisée.
La pieuvre, nouvelle star culturelle
L’arrivée de Marcellus à l’écran s’inscrit dans un mouvement de fond. Depuis le triomphe du documentaire “La Sagesse de la Pieuvre” sur Netflix en 2020, Oscar du meilleur documentaire l’année suivante, le poulpe est devenu une icône culturelle inattendue. Best-sellers, expositions de sciences, podcasts dédiés et même peluches géantes : l’animal aux huit bras s’invite partout, porté par la reconnaissance croissante de son intelligence et de sa sensibilité.
Le phénomène dépasse le simple effet de mode. Plusieurs études récentes ont confirmé que les céphalopodes possèdent une cognition complexe, des comportements de jeu et une sensibilité à la douleur reconnue par les législations européenne et britannique. La fiction prend acte de ces découvertes et en fait des récits accessibles, contribuant à modifier durablement le regard du public sur ces invertébrés longtemps relégués au statut de fruits de mer.
Une bande-son et un univers visuel soignés
Côté esthétique, le film mise sur une photographie chaleureuse et un design sonore enveloppant pour faire vivre la singularité de l’univers de Marcellus. Les scènes sous-marines, tournées à l’aide d’une combinaison d’effets pratiques et de CGI, évitent l’écueil du cartoonesque. Le mouvement des bras, le déplacement par jet d’eau, les changements de couleur instantanés du céphalopode sont restitués avec une attention proche du documentaire animalier.
La compositrice Hauschka, déjà nommée aux Oscars pour “Lion”, signe une partition discrète au piano et aux cordes, qui souligne sans surcharger la mélancolie du récit. Une bande-son qui contribue à donner au film cette atmosphère feutrée, à mi-chemin entre conte initiatique et drame intimiste.
Un succès qui en appelle d’autres
Quelques semaines après sa sortie, “De si remarquables créatures” figure parmi les films les plus regardés sur Netflix dans une trentaine de pays, et caracole dans le top 10 français. Les ventes du roman original ont bondi de plus de 200 % en librairie, et certains aquariums publics signalent une hausse marquée de la fréquentation de leurs sections céphalopodes.
Pour Hollywood, le pari semble gagnant : prouver qu’un animal marin peut porter un récit grand public sans se transformer en sidekick comique ni en monstre. D’autres projets autour de la faune sous-marine seraient déjà en développement, signe que la pieuvre pourrait bien être à l’industrie de l’image ce que les dinosaures ont été dans les années 1990. Reste à voir si cet engouement se traduira en prise de conscience durable pour la protection des océans, dont les céphalopodes restent l’un des emblèmes les plus fascinants.
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