Le Conseil d’État limite le déterrage des renards dans 14 départements

Le Conseil d'État limite le déterrage des renards dans 14 départements

Le renard gagne du terrain, sur le plan juridique. Une décision du Conseil d’État améliore son sort dans 14 départements, en retirant la possibilité de le détruire via une méthode jugée particulièrement brutale, le déterrage.

La mesure ne change pas tout, mais elle verrouille un point précis, département par département, là où l’administration n’a pas réussi à démontrer la nécessité de cette modalité. Dans le même temps, le statut du renard reste ambivalent, parce qu’il demeure classé ESOD dans 88 départements, ce qui autorise encore chasse et piégeage selon les règles locales. Derrière les textes, c’est un débat très concret, entre protection de la biodiversité, pratiques cynégétiques et arguments sanitaires souvent brandis. Et là, on va se le dire, les chiffres et les justifications ne racontent pas toujours la même histoire.

Le Conseil d’État cible le déterrage dans 11 départements

Le cur de la décision tient en une exigence simple, l’administration doit justifier les méthodes de régulation qu’elle autorise. Dans ces dossiers, le Conseil d’État relève que le ministre n’apporte pas d’éléments établissant que le déterrage serait nécessaire à une bonne régulation du renard dans les départements concernés. Résultat, cette modalité est écartée localement, ce qui change la donne pour les périodes et secteurs où elle était utilisée.

La liste citée comprend notamment les Alpes-de-Haute-Provence, les Alpes-Maritimes, l’Aude, les Bouches-du-Rhône, le Finistère, le Gard, le Jura, la Loire, le Bas-Rhin, le Territoire de Belfort et le Val-d’Oise. Ce n’est pas une interdiction générale de toute intervention sur l’espèce, mais une restriction ciblée sur une pratique précise, dans des territoires nommément identifiés.

Ce point est important pour comprendre la portée réelle, on ne parle pas d’un changement de statut national, ni d’un retrait automatique de la liste ESOD. On parle d’une décision qui oblige l’État à étayer ses choix, sinon le juge tranche. Pour les associations de protection de la nature, c’est une brèche utile, parce qu’elle transforme un débat moral en débat de preuves, et ça, dans un contentieux, ça pèse lourd.

L’ASPAS multiplie les recours contre les tirs et arrêtés préfectoraux

Cette avancée s’inscrit dans une stratégie contentieuse portée par l’ASPAS, qui vise, à terme, une protection plus forte du renard, et dans l’immédiat la fin de ce qu’elle décrit comme un acharnement administratif. Son objectif affiché, c’est le déclassement de l’espèce de la catégorie ESOD, l’abandon de certaines pratiques comme les tirs de nuit, et une limitation de la chasse hors période d’ouverture générale.

Le terrain, ce sont souvent des arrêtés préfectoraux. Exemple documenté, dans la Manche, des arrêtés pris en août 2022 autorisaient un abattage illimité de renards sur quatre communes, sans consultation publique préalable. Ces textes ont été attaqués en justice et annulés. Même logique dans le Cher, où un arrêté avait autorisé l’abattage illimité dans 124 communes, de jour comme de nuit, décision contestée après des pressions attribuées au monde de la chasse.

Ce type de contentieux a un effet domino, parce qu’il rappelle aux préfets qu’une autorisation large, sans motivation solide, peut tomber. Mais il y a aussi une limite, les décisions sont souvent locales, parfois techniques, et donc fragiles politiquement. Dans les campagnes, certains éleveurs et chasseurs continuent de réclamer des marges de manuvre. Et on ne va pas se raconter d’histoires, tant que le renard reste classé ESOD dans une grande partie du pays, les conflits d’usage vont continuer, dossier par dossier.

ESOD, rage disparue et rôle écologique du renard roux

Le statut du renard reste paradoxal. Il est protégé contre les actes de cruauté, mais il peut être classé ESOD, ce qui autorise chasse, piégeage et parfois déterrage sous conditions. La rage est un argument historique souvent évoqué, sauf que la maladie a disparu de France depuis 1998. Quant à l’échinococcose, elle existe, mais elle est décrite comme rare et liée à une chaîne de transmission complexe, loin des slogans simplistes.

Dans le débat public, un chiffre revient comme un pavé dans la mare, entre 600 000 et 1 000 000 de renards seraient tués chaque année en France par la chasse et le piégeage. Les défenseurs de l’espèce y voient une pression massive, sans démonstration claire d’efficacité. Les partisans de la régulation rétorquent souvent qu’il faut protéger certaines activités ou le petit gibier. Sauf que là encore, la justification peut se retourner, quand on regarde le rôle écologique de l’animal.

Le renard est aussi un régulateur de micro-mammifères, notamment des campagnols, connus pour ravager les cultures. L’administration a déjà reconnu que la destruction du renard peut être défavorable à certaines activités agricoles, en demandant aux préfets d’analyser avantages et inconvénients du classement, au regard des luttes menées, souvent chimiques, contre ces rongeurs. De ce fait, la question devient pragmatique, est-ce qu’on veut multiplier les interventions humaines, ou laisser un prédateur faire une partie du travail, gratuitement, sur le terrain.

À retenir

  • Le Conseil d’État écarte le déterrage du renard dans 11 départements cités
  • L’ASPAS obtient des annulations d’arrêtés locaux, dont dans la Manche et le Cher
  • La rage a disparu de France depuis 1998, ce qui fragilise certains arguments sanitaires
  • Le renard reste classé ESOD dans 88 départements, la controverse continue

Questions fréquentes

Qu’est-ce qui change pour le renard dans 14 départements ?
La décision améliore sa protection localement en retirant, dans les départements visés, la possibilité de recourir à certaines modalités de destruction, notamment le déterrage, faute de justification jugée suffisante.
Le renard est-il protégé partout en France ?
Non. Le renard conserve un statut juridique ambivalent, car il reste classé ESOD dans 88 départements, ce qui permet encore la chasse et le piégeage selon les règles applicables.
Pourquoi l’argument de la rage est-il contesté ?
Parce que la rage a disparu de France depuis 1998. Son invocation dans les débats actuels ne correspond donc plus à la situation sanitaire nationale décrite par les acteurs de la biodiversité.
Combien de renards sont tués chaque année en France ?
Les estimations citées évoquent entre 600 000 et 1 000 000 de renards tués chaque année par la chasse et le piégeage, ce qui alimente la controverse sur la proportionnalité des pratiques.

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