Un caméléon de 33 millimètres, posé sur une branche dans la forêt d’Ankanin’ny Nofy, sur la côte est de Madagascar, et des touristes qui le photographient sans imaginer qu’ils viennent de mettre la main sur une espèce inconnue.
C’est comme ça que Brookesia nofy a fait irruption dans l’actualité scientifique, à partir de clichés partagés sur les réseaux sociaux. Le détail qui change tout, ce n’est pas seulement sa taille, à peine plus long qu’un ongle, mais son lieu de vie. Ce caméléon appartient au genre Brookesia, réputé pour ses miniatures, mais il est le premier de ce groupe à être identifié dans une forêt littorale, ces fragments de forêt côtière aujourd’hui parmi les milieux les plus menacés de l’île. Et là, on ne parle pas d’un risque abstrait, on parle d’un habitat dont il ne resterait qu’environ 10%.
À Ankanin’ny Nofy, des photos de touristes déclenchent l’enquête
L’histoire commence avec une observation faite lors d’une visite à Ankanin’ny Nofy, un site touristique connu pour sa réserve. Un photographe animalier, en voyage dans la région, repère avec son guide local un minuscule caméléon. Sur le moment, rien n’indique qu’il s’agit d’une nouveauté scientifique. Il publie pourtant plusieurs images en ligne, sous un nom provisoire lié au lieu, ce qui attire rapidement l’attention de spécialistes.
Ce qui est intéressant, c’est la mécanique. Les clichés ne remplacent pas une description scientifique, mais ils servent d’alerte. Une équipe de chercheurs, dont Miguel Vences (Université technique de Braunschweig), et des collaborateurs malgaches, Andolalao Rakotoarison et Alida Frankline Hasiniaina, se met alors en quête de l’animal sur le terrain. Leur objectif est clair, retrouver des individus, confirmer qu’on n’est pas face à une simple variation d’une espèce déjà connue, puis documenter officiellement.
Sur place, les chercheurs finissent par rencontrer une douzaine d’individus et collectent les premiers échantillons permettant une description formelle. La reconnaissance n’arrive pas sur un post Facebook, elle arrive dans une revue scientifique, avec un nom validé et une place dans la classification. L’espèce est officialisée dans Zootaxa, et le nom retenu, Brookesia nofy, renvoie directement à la forêt d’Ankanin’ny Nofy.
Brookesia nofy mesure 33 mm, face au record de Brookesia nana
Dans la famille des “caméléons-feuilles”, la taille est une obsession scientifique, parce qu’elle raconte une histoire d’évolution et d’adaptation. Brookesia nofy mesure environ 33 mm. C’est minuscule, mais ce n’est pas le record. Le titre du plus petit reptile connu est associé à Brookesia nana, décrit en 2021 dans le nord de Madagascar, et annoncé autour de 22 mm. On est sur des différences de quelques millimètres, mais à cette échelle, ça compte.
Le genre Brookesia comprend une trentaine d’espèces à Madagascar. Ces caméléons se confondent souvent avec des feuilles mortes, ce qui complique leur détection et explique que des espèces passent sous le radar pendant des années. La découverte de B. nofy s’inscrit dans une série d’identifications récentes de reptiles miniaturisés sur l’île, ce qui rappelle une réalité, la biodiversité malgache est encore loin d’être totalement inventoriée.
Le point vraiment nouveau, c’est l’habitat. B. nofy est présenté comme le premier caméléon-feuille trouvé dans une forêt littorale, ces forêts côtières humides sur d’anciennes dunes de sable. Ce détail déplace la question, on ne parle plus seulement d’un “petit caméléon en plus”, on parle d’un indicateur biologique d’un milieu très spécifique. Et si ce milieu disparaît, l’espèce risque de disparaître avec lui, sans possibilité de repli vers une grande forêt intérieure.
Les forêts littorales ne représentent plus qu’environ 10% du couvert initial
Les forêts littorales de Madagascar ont fortement reculé. Les estimations évoquent un paysage autrefois étendu, réduit aujourd’hui à environ 10% de sa surface d’origine. Ce chiffre donne une idée de la pression qui pèse sur ces zones, entre fragmentation, dégradation et destructions brutales. Dans un autre secteur proche, un journaliste local avait déjà photographié l’animal il y a cinq ans, mais lors d’une visite plus récente, des chercheurs ont constaté qu’une partie importante de la forêt voisine avait été ravagée par des feux de brousse.
Dans ce contexte, la survie de Brookesia nofy semble liée à une particularité locale, une partie de la forêt où il vit se trouve dans une réserve privée gérée autour d’un hôtel, avec une régénération des arbres sur environ 20 ans. C’est une bonne nouvelle, mais il faut garder la tête froide, une “bulle” protégée ne suffit pas à sécuriser durablement une espèce, surtout si les fragments alentour continuent de disparaître.
La discussion sur l’écotourisme est inévitable, et elle mérite une nuance. Un chercheur de l’équipe défend l’idée que soutenir des projets qui amènent des visiteurs à voir caméléons et lémuriens peut donner une valeur économique à ces petites parcelles, ce qui encourage leur protection, même si le voyage a un coût carbone important. L’argument est pragmatique, si personne ne voit d’intérêt à conserver ces forêts, elles risquent de partir en fumée ou d’être converties. Sur le terrain, la découverte de B. nofy montre surtout que la protection d’un fragment peut suffire à sauver une espèce, mais seulement tant que ce fragment reste intact.
À retenir
- Brookesia nofy a été repéré à Ankanin’ny Nofy grâce à des photos de touristes.
- Avec environ 33 mm, il est minuscule mais plus grand que Brookesia nana (22 mm).
- C’est le premier caméléon-feuille identifié en forêt littorale, un habitat réduit à environ 10%.
- Une partie de son site est protégée via une réserve privée liée à un hôtel, avec régénération sur 20 ans.
Questions fréquentes
- Où Brookesia nofy a-t-il été découvert ?
- L’espèce a été repérée dans la forêt d’Ankanin’ny Nofy, sur la côte est de Madagascar, un secteur associé à une réserve touristique.
- Quelle est la taille de Brookesia nofy ?
- Les mesures rapportées indiquent une longueur d’environ 33 millimètres, ce qui le place parmi les plus petits caméléons connus.
- Pourquoi cette découverte est-elle jugée importante ?
- Parce que Brookesia nofy est présenté comme le premier caméléon-feuille trouvé en forêt littorale, un type de forêt côtière très menacé à Madagascar.
- Quel est le lien avec Brookesia nana ?
- Brookesia nana, décrit en 2021, est annoncé autour de 22 millimètres et est considéré comme le plus petit reptile connu. Brookesia nofy est légèrement plus grand, mais reste dans la même lignée de miniaturisation.
- L’écotourisme peut-il aider à protéger cette espèce ?
- Un chercheur impliqué dans l’étude estime que l’écotourisme peut donner une valeur économique aux petits fragments de forêt littorale, ce qui peut encourager leur conservation, même si la question du coût carbone des voyages reste posée.
Sources
- A new miniature chameleon species, Brookesia nofy, has been …
- Brookesia nofy: Tiny chameleon spotted by tourists in Madagascar is new to science | New Scientist
- Sans le savoir, des touristes ont découvert une nouvelle espèce inconnue des scientifiques
- Tourists help find new species of tiny chameleon in Madagascar – BBC Newsround
- Exploring the Unique Chameleons of Madagascar | GVI
